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Tally Ho : 7 ans pour reconstruire un yacht classique en bois

Archive A l’Abordage #01
Sept années de reconstruction condensées en un peu plus de seize minutes : de la charpente au gréement, la renaissance complète de Tally Ho.

Certaines vidéos méritent d’être vues ou revues bien après leur publication. Celle-ci nous semblait toute trouvée pour inaugurer notre nouvelle rubrique Archive A l’Abordage.

Publiée en janvier 2025 par Sampson Boat Co, la vidéo START TO FINISH – Rebuilding a big wooden yacht! résume en un peu plus de seize minutes les sept années consacrées à la reconstruction de Tally Ho, yacht classique britannique construit en 1910.

En accéléré, le chantier est spectaculaire : le bateau arrive dans un état qui impose bien davantage qu’une restauration cosmétique. Sa structure est reprise, les pièces de charpente sont remplacées, la coque est reconstruite, calfatée, pontée puis équipée. Peu à peu apparaissent le gouvernail, les emménagements, les ferrures, le gréement et enfin les voiles.

Mais si cette vidéo nous a particulièrement parlé chez A l’Abordage, c’est aussi parce qu’elle montre, dans leur véritable contexte, nombre de techniques et d’équipements que nous côtoyons quotidiennement.
On comprend alors beaucoup mieux le rôle de ces pièces parfois très simples : elles ne sont plus isolées sur une étagère, elles participent à la construction puis au fonctionnement d’un bateau.

Vidéo : Sampson Boat Co – START TO FINISH – Rebuilding a big wooden yacht!

Tally Ho, un yacht de 1910 à reconstruire presque entièrement

Tally Ho a été dessiné par l’architecte naval britannique Albert Strange et construit par le chantier Stow & Sons à Shoreham, dans le Sussex. Lancé en 1910 sous le nom de Betty, le yacht prendra plus tard le nom de Tally Ho et remportera notamment le Fastnet de 1927.

Après une longue carrière et plusieurs changements de propriétaires, le bateau finit cependant par être laissé à l’abandon aux États-Unis. Lorsque le charpentier de marine et navigateur britannique Leo Goolden l’acquiert en 2017 pour un dollar symbolique, l’ampleur du travail à effectuer est considérable.

La série de Sampson Boat Co documentera ensuite chaque étape du projet pendant sept ans.
Cette rétrospective permet justement d’en saisir l’ampleur sans avoir à regarder les centaines d’épisodes consacrés au chantier.

Refaire une coque en bois : quand les matériaux ont autant d’importance que le geste

Les premières minutes sont consacrées à ce qui constitue littéralement l’ossature du bateau. Les anciennes pièces sont déposées, les formes sont relevées, puis de nouvelles membrures et pièces de charpente sont façonnées et ajustées une à une.

C’est là que la vidéo rappelle combien la construction navale traditionnelle repose sur une combinaison très précise entre le bois, les métaux employés pour les assemblages et le savoir-faire de celui qui les met en œuvre.

L’herminette, que l’on voit utilisée au cours du chantier, en est un bon exemple. Cet outil de charpentier paraît presque archaïque à côté des machines électriques modernes, mais reste particulièrement efficace pour dégrossir et reprendre certaines pièces massives de charpente.
Nous conservons d’ailleurs chez A l’Abordage une sélection d’outils traditionnels destinés aux travaux sur les bateaux en bois.

Une fois les différentes pièces ajustées, leur assemblage fait largement appel au bronze et au cuivre, deux matériaux historiquement très présents dans la construction navale.

Pour fixer l’accastillage ou réaliser certains assemblages sur le bois, le bronze silicium reste notamment utilisé en visserie pour sa bonne tenue mécanique et sa résistance en milieu marin. Sur les assemblages traversants, on retrouve également boulons, écrous et rondelles en bronze.

Le rivetage cuivre, une technique toujours bien vivante

Parmi les séquences les plus intéressantes de la reconstruction figure le rivetage cuivre. La technique est ancienne, mais elle reste intimement liée à la construction de nombreux bateaux traditionnels en bois.

Le clou en cuivre traverse les pièces à assembler. Une contre-rivure est ensuite engagée sur sa pointe, plaquée contre le bois, puis l’extrémité du clou est coupée et matée pour verrouiller l’ensemble.

Ce qui ressemble dans notre catalogue à un simple clou cuivre accompagné de sa contre-rivure prend ici une tout autre dimension : répété des centaines de fois, ce type d’assemblage participe directement à la structure du bateau.

C’est probablement l’une des grandes qualités de cette vidéo : montrer que les techniques dites « traditionnelles » ne sont pas uniquement décoratives. Elles répondent à de véritables contraintes mécaniques et continuent d’être utilisées parce qu’elles sont adaptées à la construction à laquelle elles appartiennent.

Fermer la coque : le temps du calfatage

Lorsque les bordés sont enfin en place, le bateau a retrouvé sa silhouette mais il n’est pas encore étanche. Vient alors l’une des opérations les plus caractéristiques d’une coque traditionnelle : le calfatage.

Le principe consiste à introduire une fibre dans les coutures laissées entre les bordés afin d’assurer leur étanchéité tout en respectant les mouvements naturels du bois.

Sur Tally Ho, on retrouve ce travail manuel à l’aide de coton, de fers et du maillet de calfat. La largeur et la forme du fer sont choisies en fonction de la couture à travailler, puis la fibre est progressivement mise en place par frappes successives.

Ce sont exactement les outils et matériaux que l’on trouve encore dans notre rayon calfatage pour bateaux en bois : coton à calfater, étoupe, différents profils de fers forgés et maillets.

Voir la technique exécutée sur une coque de cette taille permet aussi de comprendre pourquoi il existe plusieurs fers plutôt qu’un outil universel. Calfater un joint droit de bordé, travailler une zone difficile d’accès ou intervenir autour d’une jambette ne demande ni la même forme d’outil ni exactement le même geste.

C’est tout l’intérêt de cette rétrospective : replacer des fournitures parfois méconnues dans leur usage réel et montrer que derrière un bateau en bois parfaitement fini se cachent des heures de gestes que l’on ne voit plus une fois le bateau à l’eau.

Protéger ce qui vient d’être reconstruit

Une coque en bois demande ensuite à être protégée, à l’extérieur comme dans les zones qui resteront cachées une fois les aménagements terminés.

C’est à ce stade que l’on retrouve notamment dans la vidéo le goudron de Norvège. Issu du bois de pin, ce produit traditionnel est utilisé depuis des siècles dans le monde maritime pour la protection du bois et des cordages. Malgré son ancienneté, il n’a pas disparu des chantiers travaillant encore selon ces méthodes : nous proposons toujours du goudron de Norvège végétal pour ces usages traditionnels.

Sur les parties visibles, la protection prend évidemment une autre forme. Le travail de finition du bois occupe une place importante dans la reconstruction et, à mesure que le projet avance, les surfaces brutes laissent progressivement place aux boiseries finies et vernies.

Sur un yacht classique, le vernis marin n’est pas seulement une finition esthétique. Il permet de conserver le bois visible tout en le protégeant contre l’humidité et, pour les parties extérieures, contre les UV et les intempéries. Nous regroupons pour ces travaux différents vernis et systèmes de finition pour bateaux en bois.

Certaines zones exposées demandent par ailleurs une protection mécanique supplémentaire. On retrouve alors ces profils métalliques que l’on appelle couramment bandes molles ou bandes martyres. Posées sur une étrave, une quille ou un liston, elles encaissent les frottements à la place du bois.

Nos bandes molles demi-rondes et demi-ovales en laiton répondent à ce même principe, dans différentes sections selon la partie du bateau à protéger.

Du gouvernail au pont : l’accastillage commence à apparaître

À mesure que le gros œuvre s’achève, la vidéo change progressivement de rythme. Tally Ho ressemble de moins en moins à une charpente en chantier et de plus en plus à un bateau.

Le gouvernail en est un bon exemple. Son articulation repose sur le principe classique des aiguillots et fémelots : les deux pièces complémentaires permettent au gouvernail de pivoter tout en reprenant des efforts considérables.

Ceux de Tally Ho sont naturellement d’un tout autre gabarit que les modèles que nous proposons pour des unités plus modestes, et ce type de ferrure est souvent réalisé spécifiquement lorsqu’il s’agit d’un yacht de cette taille. Le principe mécanique reste pourtant exactement le même.

C’est également à ce moment que les petites pièces de quincaillerie commencent à prendre place. Charnières de capots ou de coffres, poignées, compas d’ouverture et ferrures diverses semblent presque secondaires après des années de charpente lourde ; pourtant, elles sont indispensables pour transformer une coque achevée en bateau réellement utilisable.

Puis Tally Ho redevient un voilier

L’une des étapes les plus satisfaisantes de la vidéo arrive lorsque le gréement commence enfin à se mettre en place. Après des années passées à reconstruire le bateau depuis sa structure, les éléments destinés à le faire naviguer apparaissent progressivement sur le pont.

Les poulies traditionnelles retrouvent alors leur fonction : guider les différentes manœuvres, changer la direction d’un effort et, lorsqu’elles sont montées en palan, permettre de le démultiplier. 

Autour du mât, les cercles de mât permettent à la grand-voile de rester guidée le long du mât tout en coulissant lorsque la voile est hissée ou affalée. Nos modèles sont réalisés en frêne huilé et riveté cuivre, selon ce principe traditionnel.

Les cabillots en bois, disposés dans leurs râteliers, reçoivent quant à eux les manœuvres courantes. Quelques tours correctement réalisés suffisent à immobiliser un cordage tout en permettant de le libérer rapidement. Leur simplicité explique en grande partie pourquoi ce système reste indissociable des gréements traditionnels.

Le cordage lui-même devient omniprésent. Il ne s’agit plus d’une bobine ou d’une référence choisie en fonction de son diamètre : chaque longueur a désormais une fonction précise dans le gréement. 

La vidéo montre également des travaux de protection des cordages. La mailloche à fourrer, avec son sillon caractéristique, permet de serrer régulièrement le bitord autour du cordage afin de protéger les parties soumises au frottement.

Et parmi tout cet accastillage, nous avons évidemment reconnu les winchs Wilmex en bronze. C’est un rapprochement particulièrement parlant pour nous puisque nous distribuons également ces winchs Wilmex en bronze massif.

Installés à bord, leur utilité apparaît immédiatement : lorsque la charge sur une écoute ou une drisse devient trop importante pour être reprise directement à la main, le winch permet de multiplier l’effort et de contrôler la manœuvre. Le bronze conserve en parallèle une esthétique parfaitement cohérente avec l’accastillage d’un yacht traditionnel.

Sous le pont, des détails que nous connaissons tout aussi bien

La reconstruction des emménagements apporte une autre lecture du bateau. Après les assemblages massifs de la coque et du gréement, tout devient plus petit, mais pas moins intéressant.

Les meubles de bord, coffres, équipets et panneaux sont équipés de charnières et paumelles, de fermetures et de poignées adaptées aux espaces réduits d’un bateau.

La poignée coquille est typique de cette logique : sa faible saillie évite qu’elle ne dépasse inutilement dans une cabine, tout en offrant une prise suffisante pour ouvrir un tiroir ou une porte d’équipet.

Même logique pour le compas à tringle en laiton, utilisé notamment pour maintenir et régler l’ouverture d’une claire-voie. Ce sont des mécanismes extrêmement simples, mais robustes, compréhensibles et réparables.

Le prisme « presse-citron » Davey : impossible de ne pas le reconnaître

Parmi tous les équipements visibles au cours de la reconstruction, il en est un qui nous a immédiatement sauté aux yeux : le fameux prisme de pont en forme de citron Davey & Co.

Sa forme lui vaut facilement le surnom de « presse-citron », mais elle répond en réalité à une fonction très précise. Le verre massif est installé dans le pont et ses facettes réfractent la lumière extérieure pour la diffuser dans les espaces situés en dessous.

Avant la généralisation de l’éclairage électrique, le principe permettait d’apporter naturellement de la lumière dans une cabine ou un carré sombre sans multiplier les ouvertures dans le pont. Il reste aujourd’hui particulièrement apprécié sur les bateaux classiques.

Et dans ce cas précis, le rapprochement avec notre catalogue est direct : nous proposons le prisme de pont Davey & Co. en forme de citron avec son cadre en bronze, aux côtés des autres formes de prismes de pont de la marque.

Le détail A l’Abordage
C’est probablement l’un des objets qui illustrent le mieux l’intérêt de voir ces équipements en situation. Posé seul sur une table, ce verre facetté peut sembler curieux. Encastré dans le pont d’un yacht classique, avec la lumière qu’il diffuse sous le pont, sa forme devient immédiatement logique.

Si le sujet vous intéresse, nous lui avons d’ailleurs consacré un article complet : Le prisme de pont : éclairer un bateau sans électricité.

La cabine et le carré : faire du bateau un lieu de vie

Les dernières étapes rappellent enfin qu’un yacht de croisière ne doit pas seulement naviguer : il doit permettre de vivre à bord. Les boiseries terminées accueillent progressivement les équipements du quotidien. On retrouve notamment dans le carré et les cabines plusieurs luminaires marins en laiton, du type de ceux que nous sélectionnons pour l’équipement des bateaux classiques : appliques de cabine, liseuses, lampes de roof ou éclairages de coursive.

Leur intérêt ne tient pas seulement à leur esthétique. Dans un espace où chaque centimètre compte, les luminaires doivent être compacts, robustes et installés là où ils seront réellement utiles.

Le petit poêle à bois visible à bord relève de la même logique. Dans un carré de dimensions réduites, un appareil compact permet de chauffer efficacement le volume sans occuper la place d’un poêle domestique classique. Ce type d’équipement reste particulièrement apprécié sur les bateaux naviguant dans des régions froides ou humides. Nous proposons nous aussi différents petits poêles à bois adaptés aux bateaux et aux petits espaces.

Ce que Tally Ho montre particulièrement bien

Chez A l’Abordage, nous voyons quotidiennement toutes ces pièces séparément.

Une boîte de clous cuivre. Un fer à calfat. Une poulie. Un morceau de bande molle. Un compas de claire-voie. Un cabillot. Un prisme de pont.

La reconstruction de Tally Ho permet de faire exactement le chemin inverse : on voit progressivement chaque élément trouver sa place dans un ensemble.

Le cuivre devient un assemblage de coque. Le coton disparaît dans une couture de bordé. Les ferrures articulent le gouvernail. Les bandes métalliques protègent le bois. Les poulies et les winchs prennent les efforts du gréement. Les petites pièces de quincaillerie rendent les aménagements utilisables. Le prisme apporte la lumière sous le pont.

Pris séparément, aucun de ces éléments ne raconte réellement le bateau. C’est leur association, avec le travail des charpentiers, menuisiers, gréeurs et autres artisans, qui permet finalement à Tally Ho de retrouver la mer.

Et c’est probablement ce qui rend ces seize minutes aussi intéressantes : elles permettent de voir en accéléré ce que l’on oublie facilement devant un yacht classique achevé. Derrière une coque parfaitement peinte, des vernis brillants et un gréement en ordre se cachent des années de travail et une quantité impressionnante de détails.

Archive A l’Abordage #01
À voir ou à revoir : sept années de reconstruction en seize minutes

De la structure presque entièrement à reprendre jusqu’au retour du yacht sous voiles, cette rétrospective de Sampson Boat Co offre un aperçu remarquable des techniques, des matériaux et du savoir-faire nécessaires à la renaissance d’un grand bateau classique en bois.

Voir la vidéo sur YouTube

Vidéo et projet Tally Ho : Sampson Boat Co.
A l’Abordage n’est pas partenaire de Sampson Boat Co ni du projet Tally Ho. Lorsque des produits A l’Abordage sont cités dans cet article, il s’agit selon les cas de références identifiables ou de produits et équipements appartenant aux mêmes familles que ceux visibles dans la vidéo. Cela ne signifie pas qu’ils ont été fournis par A l’Abordage.

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